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Les aventures de Pinocchio

de Carlo Lorenzini, 
dit Collodi


Traduction de Claude Sartirano

3ème parte

 

Chapitre 13

A l’auberge de l’Écrevisse Rouge

Ils marchèrent longtemps. A la tombée de la nuit, ils arrivèrent, morts de fatigue, à l’auberge de l’Écrevisse Rouge.

- On va s’arrêter ici – déclara le Renard – pour avaler une bouchée et se reposer quelques heures. Nous re­partirons à minuit pour être demain, à l’aube, au Champ des miracles. 

Entrés dans l’auberge, ils prirent place tous les trois à une table mais aucun d’eux n’avait très faim.

Le pauvre Chat, ayant l’estomac brouillé, ne put manger que trente-cinq rougets à la sauce tomate et quatre portions seulement de tripes à la mode de Parme tout en réclamant trois fois de suite, ne les trouvant pas as­sez onctueuses, du beurre et du fromage râpé. 

Le Renard aurait bien aimé, lui aussi, faire bombance mais, comme le médecin l’avait mis à la diète la plus sévère, il dut se contenter d’un simple lièvre accompagné d’une terrine de poulardes et de coquelets. Pour faire passer le lièvre, il commanda ensuite une fricassée de perdrix, de lapin, de grenouille et de lézard aux raisins. Et puis il s‘arrêta là, disant qu’il ne pourrait plus rien avaler, que tout ce qui était nourriture le dégoûtait. 

Mais celui qui mangea le moins, ce fut Pinocchio. Il demanda une poignée de noix avec un morceau de pain et laissa tout dans son assiette. Le pauvre garçon était tellement obsédé par le Champ des miracles qu’il souf­frait d’une indigestion anticipée de pièces d’or. 

Quand ils eurent fini, le Renard s’adressa à l’aubergiste :

- Donnez-nous deux bonnes chambres : une pour monsieur Pinocchio, une autre pour mon compagnon et moi. Nous ferons un petit somme avant de repartir. N’oubliez pas de nous réveiller à minuit.

A vos ordres, messieurs – répondit l’aubergiste tout en faisant un clin d’œil au Renard et au Chat comme s’il voulait dire : « Je vois clair dans votre jeu, comptez sur moi. » 

Dés que Pinocchio fut au lit, il s’endormit et rêva immédiatement. Il rêva qu’il était dans un champ recouvert de jeunes arbres chargés de grappes de sequins d’or qui tintinnabulaient au gré d’une légère brise. Et cette mu­sique semblait dire : « Viens donc nous cueillir ». Mais juste au moment où Pinocchio s’apprêtait à les récolter par poignées entières et à s’en mettre plein les poches, on frappa bruyamment à la porte de la chambre.

C’était l’aubergiste qui venait le prévenir qu’il était minuit. 

- Et mes amis ? Sont-ils prêts ? – lui demanda la marionnette.

- Mieux que prêts. Ils sont partis il y a déjà deux bonnes heures. 

- Si vite ? Mais pourquoi ?

- Le Chat a reçu un message lui apprenant que son fils aîné avait des engelures aux pieds et qu’il était en­tre la vie et la mort.

- Et le repas, ils l’ont payé ?

- Bien sûr que non ! Ce sont des personnes trop bien éduquées pour faire cet affront à votre seigneurie. 

- Ah ? Dommage ! Cet affront ne m’aurait pas déplu ! – fit remarquer Pinocchio en se grattant la tête. Et où ont-ils dit qu’ils m’attendraient, ces chers amis ? 

- Au Champ des miracles, au lever du jour. 

Pinocchio régla donc son repas et celui de ses compagnons : il lui en coûta une pièce d’or. Puis il partit. 

On peut même dire qu’il partit à l’aveuglette car, dehors, il faisait si noir qu’on ne voyait goutte autour de soi. Pas une feuille ne bougeait dans la campagne alentour. Seuls quelques gros oiseaux de nuit, volant d’un buis­son à l’autre, venaient battre des ailes sous le nez de Pinocchio. Celui-ci, apeuré, criait « Qui va là ? » et seul l’écho lointain des collines environnantes répondait : « Qui va là ? Qui va là ? Qui va là ? ». 

Alors qu’il marchait, il vit soudain, sur le tronc d’un arbre, une petite bestiole qui émettait un pâle halo de lu­mière, comme la petite flamme d’une veilleuse de nuit. 

- Qui es-tu ? – s’enquit Pinocchio.

- Je suis l’ombre du Grillon-qui-parle – répondit la bestiole d’une voix infiniment faible et qui semblait ve­nir de l’au-delà.

- Qu’est-ce que tu me veux ? 

- Je veux te donner un conseil. Fais demi-tour et porte les quatre pièces qui te restent à ton pauvre papa qui pleure et se désespère en ne te voyant pas revenir. 

- Demain, mon papa sera un grand monsieur car ces quatre sequins vont en faire deux mille. 

- Ne te fie jamais, mon garçon, à ceux qui te promettent de te rendre riche du jour au lendemain. Ce sont toujours, soit des fous, soit des filous. Crois-moi, rentre chez toi. 

- Et moi, au contraire, je veux continuer.

- Il est tard...

- Je veux continuer. 

- Il fait noir...

- Je veux continuer. 

- Le chemin est dangereux... 

- Je continuerai quand même.

- Rappelle-toi que les enfants capricieux tôt ou tard s’en repentent toujours. 

- Oh ! Toujours les mêmes histoires ! Bonne nuit, grillon.

- Bonne nuit, Pinocchio. Que le ciel te protège de la rosée et des assassins ! 

Ces dernières paroles prononcées, plus rien n’éclaira l’endroit où se tenait le Grillon-qui-parle. Il s’était éteint comme s’éteint une chandelle dont on vient de souffler la flamme. Et l’obscurité sur la route en fut plus pro­fonde encore. 

Chapitre 14

Pinocchio, qui n’a pas suivi les excellents conseils du Grillon-qui-parle, se re­trouve nez à nez avec des bandits. 

La marionnette reprit sa route en bougonnant : 

- Nous autres, les enfants, n’avons vraiment pas de chance. Tout le monde nous donne des leçons ou nous réprimande. A les entendre, ils se prennent tous pour nos papas ou nos maîtres d’école. Tous, même un simple grillon ! Parce que je n’ai pas voulu suivre les conseils de cet ennuyeux Grillon-qui-parle, le voilà qui me prédit plein d’ennuis. D’après lui, je risquerais de rencontrer des bandits ! Encore heureux que je n’y croie pas. D’ailleurs, je n’y ai jamais cru. Pour moi, les bandits ont été inventés ex­près par les papas pour faire peur aux enfants qui veulent sortir la nuit. Et même si j’en croisais sur cette route, est-ce que je me laisserais intimidé ? Jamais de la vie ! Je leur dirais, bien en face : « C’est à quel sujet, messieurs les bandits ? ». Ah mais ! Ils s’apercevraient qu’on ne plaisante pas avec moi. Ils continueraient leur chemin, et basta ! Des paroles bien senties et ces bandits, moi, je les vois détalant comme le vent. D’ailleurs, s’ils n’étaient pas suffisamment éduqués pour s’en aller, c’est moi qui parti­rais pour avoir la paix...

Pinocchio n’eut pas le temps d’achever son raisonnement car il venait d’entendre le bruissement d’une feuille derrière lui. 

Il se retourna. Dans la pénombre, il distingua deux sinistres individus dissimulés dans des sacs de charbon qui le suivaient sur la pointe des pieds. On aurait dit deux fantômes. 

- Ce sont les bandits! – se dit-il.

Et, comme il ne savait pas où cacher ses pièces d’or, il les fourra dans sa bouche et les glissa sous sa lan­gue. Puis il essaya de se sauver. Mais à peine avait-il bougé qu’il sentit qu’on l’attrapait par le bras. Deux voix caverneuses vociférèrent : 

- La bourse ou la vie !

Pinocchio ne pouvait pas répondre à cause des sequins qu’il avait dans la bouche. Il multiplia contorsions et mimiques pour expliquer à ces deux encagoulés, dont on ne voyait que les yeux à travers des trous faits dans les sacs, qu’il n’était qu’une pauvre marionnette n’ayant pas la moindre piécette, même fausse, sur lui. 

- Ca suffit ! Arrête ton baratin et montre ton argent ! – crièrent en chœur les deux brigands. 

Pinocchio, d’un signe de tête accompagné d’un mouvement des mains, leur signifia qu’il n’en avait pas. 

- Sors-le ! Sinon, tu es mort. – menaça le plus grand.

- Mort ! – répéta l’autre 

- Et après, on tuera aussi ton père ! 

- Aussi ton père !

- Non, non, pas mon pauvre papa ! – hurla Pinocchio, désespéré.

Mais, en disant, cela, les pièces s’entrechoquèrent dans sa bouche. 

- Ah ! Chenapan ! Ton argent, tu l’as donc caché sous ta langue ? Crache ces pièces tout de suite ! 

Pinocchio resta de marbre.

- Tu fais le sourd maintenant ? Attends un peu qu’on te les fasse cracher, nous ! 

Le premier le saisit par le nez et le second lui prit le menton puis ils se mirent à tirer de toutes leurs forces pour l’obliger à ouvrir la bouche. Ils n’y parvinrent pas: la bouche de la marionnette paraissait clouée. 

Le plus petit des brigands sortit alors un grand couteau qu’il essaya d’utiliser à la fois comme burin et levier en l’enfonçant entre les lèvres de Pinocchio. Mais celui-ci, vif comme l’éclair, referma sa mâchoire et, d’un coup sec, lui coupa la main. Quand il la recracha, il fut très étonné de constater que c’était une patte de chat.

Encouragé par cette première victoire, il parvint à se sortir des griffes de ses agresseurs et, sautant par-des­sus la haie bordant la route, s’échappa à travers les champs. Les deux bandits le suivirent, comme deux chiens poursuivant un lièvre. Même celui qui avait perdu une patte. A se demander comment il pouvait faire... 

Après quinze kilomètres de cette course-poursuite, Pinocchio n’en pouvait plus. Se voyant perdu, il s’agrippa au tronc d’un immense pin et grimpa jusqu’au sommet de l’arbre. Les autres essayèrent à leur tour mais, à mi-chemin, ils glissèrent et retombèrent en s’écorchant les mains et les pieds. 

Ils ne s’avouèrent pas vaincus pour autant. Ayant ramassé du bois bien sec, ils le déposèrent au pied de l’arbre et y mirent le feu. Immédiatement, le pin s’embrasa comme une torche dont la flamme est attisée par le vent. Constatant que les flammes montaient de plus en plus haut et ne voulant pas finir en pigeon rôti, Pinocchio sauta majestueusement de l’arbre et recommença à courir à travers champs et vignes. Avec, tou­jours derrière lui, les deux bandits, manifestement infatigables.

L’aube commençait à luire et ils couraient encore. Soudain, un fossé large et très profond barra la route de Pinocchio, un fossé au fond duquel coulait une eau sale, couleur café au lait. Que faire ? « Un, deux, trois » : prenant son élan, la marionnette effectua un bond gigantesque et se retrouva sur l’autre rive. Les brigands voulurent sauter à leur tour mais ils avaient mal calculé leur coup et, patatras!, ils se retrouvèrent dans le fossé. Pinocchio, entendant le plouf de leur chute dans l’eau, éclata de rire tout en continuant à courir : 

- Bon bain, messieurs les assassins ! 

Il les crut bel et bien noyés. Mais quand il regarda de nouveau derrière lui, il les vit tous les deux. Ils avaient re­pris la poursuite dans leurs sacs à charbon qui dégoulinaient. 

Chapitre 15

Les bandits continuent de poursuivre Pinocchio. Après l’avoir rattrapé, ils le pendent à une branche du Grand Chêne.

Découragée, la marionnette était sur le point de se coucher par terre en se déclarant vaincue quand elle aper­çut dans le lointain, contrastant avec le vert sombre de la frondaison des arbres, une maisonnette blanche comme la neige. 

- Si j’ai encore assez de souffle pour arriver jusqu’à cette maison, peut-être serai-je sauvé – pensa Pinocchio.

Sans hésiter un seul instant, il reprit donc sa course folle à travers bois, les bandits toujours à ses trousses. 

Deux heures plus tard, il arrivait tout essoufflé à la porte de la maisonnette et frappait à la porte. 

Pas de réponse.

Entendant croître le bruit des pas et de la respiration haletante de ses persécuteurs, il frappa plus fort 

La maison resta silencieuse.

Puisque frapper ne servait à rien, il s’en prit frénétiquement à la porte en lui donnant des coups de pieds et en la martelant avec sa tête. Finalement, apparut à la fenêtre une jolie fillette aux cheveux bleu-nuit et au visage pâle comme une statue de cire. Son regard était éteint et elle tenait ses bras croisés sur sa poitrine. Elle mur­mura d’une voix faible qui paraissait venir de l’au-delà : 

- Il n’y a personne dans cette maison. Ils sont tous morts. 

- Mais toi, tu peux m’ouvrir ! – cria Pinocchio, pleurant et suppliant. 

- Moi aussi, je suis morte.

- Morte ? Mais alors, qu’est-ce que tu fais là, à la fenêtre ?

- J’attends le cercueil qui m’emportera.

Sur ces dernières paroles, la fillette disparut et la fenêtre se referma sans bruit. 

- O jolie fillette aux cheveux bleu-nuit, ouvre-moi, par pitié ! Aide un pauvre garçon poursuivi par des ban...

Pinocchio ne put finir sa phrase. On l’avait saisi par le cou et deux sinistres voix - toujours les mêmes - grondè­rent, menaçantes: 

- A présent, tu ne nous échapperas plus !

Voyant se profiler le spectre de la mort, la marionnette fut prise d’un tremblement si intense que l’on pouvait entendre craquer les jointures de ses jambes et tinter les quatre pièces d’or cachées sous sa langue. 

- Et maintenant ? - fulminèrent les brigands – Cette bouche, tu vas l’ouvrir, oui ou non ? Tu ne réponds tou­jours pas ? Aucune importance : nous, on va bien t’obliger à l’ouvrir !

Alors, sortant deux longs couteaux tranchants comme des rasoirs, chlak... ils lui portèrent deux coups dans les reins.

Par chance, le bois dont était fait la marionnette était si dur que les lames des couteaux se brisèrent en mille morceaux. Il n’en restait plus que les manches. Les deux bandits se regardèrent :

- J’ai compris – dit l’un. – Il faut le pendre. Pendons-le !

- Pendons-le ! – répéta l’autre.

Sans attendre, ils lui lièrent les mains dans le dos et, lui ayant passé un nœud coulant autour du cou, l’accrochèrent à une branche d’un gros arbre appelé le Grand Chêne. 

Puis, assis dans l’herbe, ils attendirent que la marionnette eut une dernière convulsion. Mais celle-ci, trois heu­res après, avait toujours les yeux ouverts et gigotait comme jamais. 

Finalement, fatigués d’attendre, ils s’adressèrent à Pinocchio en ricanant : 

- On te laisse ! Mais reviendrons demain. D’ici là, espérons que tu auras la courtoisie de mourir tout à fait et d’ouvrir ta bouche toute grande. 

Puis ils partirent.

Au même moment se leva la Tramontane, un vent violent mugissant rageusement qui s’abattit sur le pauvre pendu et le ballotta comme le battant d’une cloche sonnant à toutes volées. Ce terrible balancement lui causait d’horribles douleurs et le nœud coulant, enserrant de plus en plus sa gorge, l’empêchait de respirer. 

Peu à peu, sa vue se brouilla. Tout en sentant la mort arriver, il imaginait encore qu’une âme compatissante viendrait le sauver. Et quand, après avoir longuement attendu et espéré, il comprit que personne, vraiment per­sonne ne lui porterait secours, sa pensée se tourna alors vers son pauvre papa et il balbutia tout en agonisant : 

- Oh, mon papa à moi ! Si tu pouvais être là ! ... 

Il n’eut pas la force d’en dire plus. Il ferma les yeux, ouvrit la bouche, laissa pendre ses jambes puis, après un dernier spasme, se figea au bout de sa corde.

Chapitre 16

La jolie fillette aux cheveux bleu-nuit envoie chercher la marionnette, la met au lit et appelle trois médecins pour savoir si elle morte ou vivante. 

Alors que le pauvre Pinocchio, pendu à une branche du Grand Chêne par les brigands, semblait plus mort que vif, la jolie fillette aux cheveux bleu-nuit se mit de nouveau à sa fenêtre. En voyant ce malheureux suspendu par le cou que le vent du nord faisait danser au bout de sa corde, elle fut prise de pitié et frappa dans ses mains trois fois. 

On entendit alors un grand bruissement d’ailes battant l’air avec fougue et un Faucon de belle taille vint se poser sur le rebord de la fenêtre.

- Quels sont les ordres de ma gracieuse Fée ? – demanda le Faucon en inclinant respectueusement son bec.

Il faut savoir que la fillette aux cheveux bleus était, en fait, une bonne Fée vivant dans ce bois depuis plus de mille ans. 

- Tu vois cette marionnette pendue à une branche du Grand Chêne ? – dit la Fée.

- Je la vois.

- Alors, vole immédiatement jusqu’à elle, sers-toi de ton solide bec pour défaire le nœud qui la retient en l’air et couche-la délicatement sur l’herbe, au pied du chêne. 

Le Faucon s’envola. Deux minutes plus tard, il était de retour :

- Vos ordres ont été exécutés.

- Et comment l’as-tu trouvée ? Est-elle morte ou vivante ? 

- A première vue, la marionnette paraissait sans vie, mais elle ne devait pas être tout à fait morte car, alors que je brisais le nœud coulant lui enserrant le cou, je l’ai entendue pousser un soupir et murmurer : « Maintenant, je me sens mieux ». 

La Fée frappa dans ses mains deux fois et, cette fois, apparut un magnifique Caniche qui marchait droit sur ses deux pattes de derrière, comme s’il était un humain. 

Le Caniche était habillé comme un cocher ayant revêtu sa livrée de gala. Il portait une coiffe à trois pointes bordée d’or, une perruque blanche dont les boucles lui tombaient sur les épaules, une veste couleur chocolat avec des boutons qui brillaient et deux grandes poches pour y mettre les os que lui donnait sa patronne, un pantalon court en velours rouge vif, des bas de soie, des souliers découpés et, dans le dos, une sorte de fourreau en satin bleu pour y abriter sa queue quand le temps tournait à la pluie. 

- Allez, Médor, du courage ! – lui dit la Fée. Fais atteler tout de suite le plus beau carrosse de mon écurie et dirige-toi vers le bois. Arrivé sous le Grand Chêne, tu trouveras une marionnette à moitié morte étendue sur l’herbe. Prends-la délicatement, pose-la en faisant très attention sur les coussins du carrosse et amène-la-moi. Tu as compris ? 

Le Caniche, pour montrer qu’il avait bien compris, remua le fourreau de satin bleu qu’il avait dans le dos et détala comme un cheval barbe. 

Peu de temps après, on vit sortir de l’écurie un joli petit carrosse bleu-ciel, entièrement capitonné de plumes de canaris et, à l’intérieur, matelassé avec de la crème fouettée et des biscuits à la cuiller. Le carrosse était tiré par un attelage de deux cents petites souris blanches. Assis sur le siège du cocher, le Caniche faisait claquer son fouet, tel un postillon ayant peur d’être en retard.

Il ne s’était pas écoulé un quart d’heure que le carrosse revenait. La Fée, qui attendait à la porte de la maison, prit par le cou la pauvre marionnette, la porta jusque dans une petite chambre aux murs de nacre puis fit appeler les plus fameux médecins du voisinage.

Les médecins arrivèrent l’un après l’autre. Il y avait un Corbeau, une Chouette et un Grillon-qui-parle. Les ayant réunis autour du lit où gisait Pinocchio, la Fée leur demanda :

- Je souhaiterais que vous me disiez, messieurs, si cette malheureuse marionnette est morte ou vivante.

Le Corbeau fut le premier à s’avancer. Il prit le pouls de Pinocchio, lui tâta le nez, le petit orteil et, après avoir soigneusement accompli son examen, déclara solennellement : 

- A mon avis, cette marionnette est bel et bien morte. Pourtant, si par hasard elle n’était pas morte, alors on pourrait dire sans hésitation possible qu’elle est toujours vivante !

- Je regrette – répliqua la Chouette – de devoir contredire mon illustre ami et collègue le Corbeau mais, selon moi, bien au contraire, la marionnette est vivante. Evidemment, si par mésaventure elle n’était pas vivante, ce serait alors le signe indiscutable qu’elle est morte ! 

- Et vous ? Vous ne dites rien ? – demanda la Fée au Grillon-qui-parle.

- Moi je dis que la meilleure chose que puisse faire un médecin qui ne sait pas de quoi il parle serait qu’il se taise. Du reste, cette marionnette ne m’est pas inconnue. Je la connais même depuis longtemps !... 

Pinocchio qui, jusque là, était resté aussi inerte qu’un bout de bois, eut une sorte de frémissement convulsif qui ébranla le lit. 

- Cette marionnette – continua le Grillon-qui-parle – est un fieffé coquin.

Pinocchio ouvrit les yeux mais les referma aussitôt. 

- C’est un polisson, un paresseux et un vagabond.

Pinocchio enfouit sa tête sous les draps.

- De plus, c’est un enfant désobéissant qui fera mourir de chagrin son pauvre père. 

On entendit alors quelqu’un sangloter. Imaginez la surprise de l’assistance quand, soulevant les draps, on comprit que c’était Pinocchio qui pleurait. 

- Quand un mort pleure, cela signifie qu’il va guérir – déclara alors le Corbeau avec solennité. 

- Je déplore de devoir contredire encore mon illustre ami et collègue – intervint la Chouette – mais, pour moi, quand un mort pleure, cela veut dire qu’il lui déplait d’être mort.

Chapitre 17

Pinocchio accepte le sucre mais refuse le purgatif. Mais quand les croque-morts viennent le chercher, il prend le médicament. Puis il ment et son nez s’allonge. 

Les médecins partis, la Fée se pencha sur Pinocchio. Lui touchant le front, elle se rendit compte qu’il avait une énorme fièvre.

Elle fit alors dissoudre une poudre blanche dans la moitié d’un verre d’eau et le tendit à la marionnette en lui disant avec tendresse : 

- Bois cela et tu seras guéri en peu de temps. 

Pinocchio regarda le verre, fit la moue et demanda d’une voix pleurnicharde : 

- C’est sucré ou amer ?

- Amer, mais cela te fera du bien.

- Si c’est amer, je n’en veux pas.

- Fais-moi confiance et bois !

- Je n’aime pas ce qui est amer. 

- Bois, et quand tu auras bu, je te donnerai un morceau de sucre pour te refaire la bouche. 

- Et où est-il ce morceau de sucre ?

- Le voici – lui répondit la Fée en plongeant sa main dans un sucrier en or. 

- Je veux d’abord le sucre, après je boirai cette chose amère. 

- Tu me le promets ?

- Oui...

La Fée lui donna le morceau de sucre. Pinocchio le croqua et l’avala en un clin d’œil puis déclara en se léchant les lèvres : 

- Ah si le sucre pouvait être un médicament, je me soignerais tous les jours !

- Maintenant, tiens ta promesse et bois un peu de cette eau qui va te remettre d’aplomb. 

Pinocchio s’empara du verre à contrecœur, y fourra son nez, l’approcha de sa bouche, le renifla de nouveau et, finalement, annonça : 

- C’est trop amer ! Trop amer ! Je ne pourrai pas boire ça. 

- Comment peux-tu le savoir puisque tu n’y a même pas goûté ?

- Je l’imagine ! Je l’ai senti à l’odeur. Je veux encore du sucre. Après, je boirai !

Avec la patience infinie d’une vraie maman, la Fée lui mit dans la bouche un autre morceau de sucre puis lui présenta une nouvelle fois le verre.

- Je ne peux pas boire dans ces conditions ! – fit la marionnette en grimaçant de plus belle. 

- Et pourquoi ?

- Parce que cet oreiller, là, sur mes pieds, me gène. 

La Fée ôta l’oreiller.

- C’était pas la peine ! Même comme cela, je ne peux pas boire.

- Il y autre chose qui te gène ?

- Oui, la porte qui est entr’ouverte. 

La Fée alla fermer la porte. 

- Finalement – cria Pinocchio qui éclata en sanglots – ce truc amer, je n’en veux pas, non, non et non !

- Tu le regretteras mon garçon.

- Ca m’est égal.

- C’est que tu es sérieusement malade. 

- Ca m’est égal.

- En peu de temps, la fièvre peut te faire passer de vie à trépas. 

- Ca m’est égal.

- Tu n’as pas peur de la mort ? 

- Pas du tout ! Et puis, plutôt mourir que boire cette sale mixture. 

A ce moment-là, la porte de la chambre s’ouvrit toute grande. Quatre lapins entrèrent. Ils étaient noirs comme de l’encre et portaient sur leurs épaules un petit cercueil. 

- Qu’est-ce que vous me voulez ? – hurla Pinocchio, effrayé, en se redressant sur son lit. 

- On est venu te chercher – répondit le plus grand des lapins.

- Me chercher ? Mais je ne suis pas encore mort !

- Pas encore, mais il ne te reste plus que quelques minutes à vivre puisque tu refuses de prendre le médi­cament pour combattre la fièvre !

- O Fée, ma bonne Fée – supplia alors la marionnette – apportez-moi tout de suite ce verre ! Dépêchez-vous, par pitié, je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir... 

Pinocchio prit le verre à deux mains et le vida d’un trait.

- Dommage ! – dirent les lapins – On a fait le voyage pour rien. 

Remettant le cercueil sur leurs épaules, ils sortirent en grommelant 

De fait, quelques minutes plus tard, Pinocchio sautait de son lit, bel et bien guéri. Il faut savoir que les marion­nettes en bois ont la chance de tomber rarement malade et qu’elles se rétablissent très vite. 

Le voyant courir et s’ébattre à travers la pièce, vif et joyeux comme un jeune chiot, la Fée lui fit remarquer:

- Donc le médicament t’a vraiment fait du bien. 

- Plus que du bien ! Il m’a fait revivre !

- Alors pourquoi t’es-tu fait tant prier pour le boire ? 

- Nous, les enfants, sommes tous pareils ! On craint plus les médicaments que la maladie. 

- Mais c’est très mal ! Les enfants devraient savoir qu’un bon médicament pris à temps peut les guérir, peut-être même les empêcher de mourir.

- Oh ! Une autre fois, je ne me ferai pas prier ! Je me souviendrai de ces lapins noirs portant un cercueil sur leurs épaules. J’attraperai tout de suite le verre, et hop !

- Bon, maintenant viens près de moi et raconte-moi comment tu t’es retrouvé entre les mains des bri­gands. 

- Voilà : le montreur de marionnettes Mangiafoco m’avait donné quelques pièces d’or en me disant : « Tiens, porte-les à ton papa ! ». Mais moi, j’ai rencontré en chemin deux personnes très bien, un Renard et un Chat, qui m’ont proposé de transformer ces pièces en mille, même deux mille autres. Ils m’ont dit : « Viens avec nous, on t’emmènera au Champ des Miracles » et j’ai répondu « D’accord ». Après, ils ont dit : « Arrêtons-nous à l’auberge de l’Ecrevisse d’Or, nous en repartirons après minuit ». Mais quand je me suis réveillé, ils étaient déjà partis. Alors, je me mis à marcher dans la nuit, une nuit complètement noire, et là je suis tombé sur deux bandits cachés dans des sacs à charbon. « Montre ton argent ! » qu’ils m’ont dit. Moi, j’ai répondu : « Je n’en ai pas ». J’avais caché mes pièces d’or dans ma bouche. L’un des brigands a voulu les prendre. Je l’ai mordu très fort et lui ai coupé la main mais, quand je l’ai recrachée, je me suis aperçu que c’était la patte d’un chat. Puis les bandits se sont mis à me cou­rir après, et plus je courais, plus ils couraient. Ils ont fini par me rattraper et ils m’ont pendu par le cou à un arbre de ce bois en disant : « Nous reviendrons demain quand tu seras mort. Tu auras la bouche ou­verte et nous n’aurons plus qu’à prendre les pièces que tu caches sous ta langue ». 

- Ces pièces – questionna la Fée – où sont-elles maintenant ? 

- Je les ai perdues !

C’était un mensonge. Les pièces, Pinocchio les avaient dans sa poche. Et il n’eut pas plus tôt menti que son nez, déjà conséquent, s’allongea immédiatement. 

- Et où les as-tu perdues ?

- Dans le bois.

C’était un deuxième mensonge. Le nez de Pinocchio s’allongea encore plus. 

- Si tu les as perdues dans le bois, on va les chercher et on les retrouvera. Tout ce qui se perd dans ce bois se retrouve toujours.

- Ah oui ! Maintenant, je me rappelle. – répliqua la marionnette qui s’embrouillait – Les quatre pièces d’or, je ne les ai pas perdues. Je n’ai pas fait attention et je les ai avalées avec votre médicament. 

A ce troisième mensonge, son nez grandit tellement que Pinocchio ne pouvait plus tourner la tête. S’il la tour­nait d’un côté, le nez rencontrait le lit ou les vitres de la fenêtre. S’il la tournait de l’autre, il se heurtait aux murs ou à la porte de la chambre. Et s’il relevait tant soit peu la tête, il risquait de crever un oeil à la Fée. 

Celle-ci le regardait en riant. 

- Pourquoi riez-vous – s’enquit la marionnette, soucieuse et confuse à cause de ce nez qui n’arrêtait pas de croître. 

- Je ris de tes mensonges. 

- Et comment savez-vous que j’ai menti ? 

- Mon garçon, les mensonges se repèrent tout de suite. Il y a ceux qui ont les jambes courtes et ceux qui ont le nez long. A l’évidence, tes mensonges à toi font partie de la deuxième catégorie. 

Honteux, ne sachant plus où se cacher, Pinocchio essaya de s’enfuir de la pièce mais il n’y parvint pas. Son nez était désormais si grand qu’il ne pouvait plus passer par la porte.

Chapitre 18

Pinocchio retrouve le Renard et le Chat. Il part avec eux semer ses quatre piè­ces d’or dans le Champ des Miracles.

Comme on peut le deviner, la Fée laissa pleurer et hurler Pinocchio, furieux de ne pas pouvoir sortir à cause de son nez. Elle voulait lui donner une leçon afin qu’il perde l’habitude de dire des mensonges, le plus gros défaut qu’un enfant puisse avoir. Mais quand elle le vit transfiguré par le désespoir, les yeux lui sortant de la tête, elle eut pitié de lui et frappa dans ses mains. Tout un essaim d’oiseaux appelés piverts entra par la fenê­tre. Se posant sur le nez disproportionné de la marionnette, ils entreprirent de le becqueter tant et si bien qu’en quelques minutes le nez retrouva sa taille normale. 

- Vous êtes ma bonne Fée et je vous aime beaucoup ! – s’exclama Pinocchio en séchant ses larmes. 

- Moi aussi, je t’aime – répondit la Fée – et si tu souhaites rester ici avec moi, tu seras mon petit frère et moi je serai ta gentille petite sœur.

- Je resterais bien volontiers mais... mon pauvre papa ? 

- J’ai pensé à tout. Ton papa a été averti. Il sera là avant la nuit. 

- Vraiment ? – hurla Pinocchio en sautant de joie – Alors, si vous le permettez, ma bonne Fée, je voudrais aller à sa rencontre. Il me tarde de pouvoir l’embrasser, lui qui a tant souffert à cause de moi ! 

- Va donc, mais fais attention de ne pas te perdre. Prends la route qui traverse le bois. En passant par-là, je suis sûre que tu le trouveras. 

Pinocchio partit et, dés qu’il fut dans la forêt, il se mit à courir comme un chevreuil. Pourtant, arrivé près du Grand Chêne, il s’arrêta : il lui avait semblé entendre marcher dans le sous-bois. Il ne s’était pas trompé. Or savez-vous qui apparut sur le chemin ? Le Renard et le Chat, ses deux compagnons de voyage avec lesquels il avait dîné à l’auberge de l’Ecrevisse Rouge ! 

- Mais c’est notre cher Pinocchio ! – s’exclama le Renard en le prenant dans ses bras et en l’embrassant. Que fais-tu donc ici ? 

- Que fais-tu donc ici ? – répéta le Chat. 

- C’est une longue histoire – leur répondit la marionnette – que je vous raconterai quand j’aurai le temps. Sachez pourtant que l’autre nuit, quand vous m’avez laissé tout seul à l’auberge, je suis tombé sur des brigands. 

- Des brigands ? Pauvre ami ! Et que voulaient-ils, ces brigands ? 

- Me voler mes pièces d’or.

- Les infâmes ! - glapit le Renard.

- Les infâmes ! – répéta le Chat.

- Je me suis sauvé mais ils m’ont suivi et, après m’avoir rattrapé, ils m’ont pendu à une branche de ce chêne. 

Pinocchio montra le Grand Chêne.

- C’est vraiment terrible ! – gémit le Renard. Dans quel monde sommes-nous donc condamnés à vivre ! Et quel refuge pouvons-nous trouver, nous, les honnêtes gens ? 

Alors qu’ils devisaient ainsi, Pinocchio remarqua que le Chat boitait de sa jambe antérieure droite, car il n’avait plus ni ongles ni coussinets. Il lui demanda :

- Qu’est-il arrivé à ta patte ?

Le Chat voulut répondre mais il ne savait que dire. Alors, le Renard intervint : 

- Mon ami est trop modeste, c’est pourquoi il ne répond pas. Je parlerai pour lui. Apprends donc que nous avons croisé sur le chemin, il y a une heure, un vieux loup à demi-mort de faim qui nous demanda l’aumône. Comme nous n’avions même pas une arête de poisson à lui donner, qu’a fait notre ami qui a vraiment un cœur d’or ? Il s’est sectionné une patte de devant et l’a jetée à cette pauvre bête afin qu’elle cesse de jeûner.

Le Renard essuya une larme. 

Pinocchio, troublé lui aussi, s’approcha du Chat et lui dit à l’oreille : 

- Si tous les chats étaient comme toi, les souris auraient de la chance !

- Et à présent, qu’est-ce qui t’amène par ici ? – questionna le Renard.

- J’attends mon papa qui doit arriver d’un moment à l’autre.

- Et tes sequins ?

- Je les ai toujours. Ils sont dans ma poche, sauf un qui m’a servi à payer l’aubergiste. 

- Quand on pense qu’au lieu de quatre pièces, tu pourrais en avoir mille ou même deux mille dés de­main ! Pourquoi ne suis-tu pas mon conseil ? Pourquoi ne vas-tu pas les semer dans le Champ des Miracles ?

- Aujourd’hui, c’est impossible. J’irai un autre jour. 

- Un autre jour ? Ce sera trop tard.

- Pourquoi ?

- Parce que le champ a été acheté par un grand seigneur et que, à partir de demain, il sera interdit à tout le monde d’y semer de l’argent. 

- On est loin du Champ des Miracles ? – s’enquit alors Pinocchio. 

- A peine deux kilomètres. Veux-tu venir avec nous ? Tu y seras dans une demi-heure. En arrivant, tu sè­mes tes quatre pièces et, en quelques minutes, tu en récolteras deux mille. Tu seras de retour ce soir même les poches pleines. Alors, tu viens ? 

Pinocchio hésitait parce qu’il pensait à la bonne Fée, à Geppetto et aux mises en garde du grillon-qui-parle. Mais il fit ce que font tous les enfants qui n’ont pas un brin de jugeote, c’est à dire qu’il finit par dire au Renard et au chat, avec un petit hochement de tête : 

- D’accord, je viens avec vous.

Et ils partirent tous les trois.

Après une bonne demi-journée de marche, ils arrivèrent dans une ville appelée « Attrapenigauds ». En entrant dans la ville, Pinocchio découvrit que les rues étaient pleines de chiens pelés que la faim faisait bailler, de moutons tondus qui tremblaient de froid, de coqs sans crêtes qui faisaient l’aumône d’un grain de maïs, de grands papillons cloués au sol parce qu’ils avaient vendu leurs belles ailes colorées, de paons sans queue n’osant plus se montrer, des faisans trottinant comme des petits vieux, pleurant leurs habits d’or et d’argent perdus pour toujours. 

Parfois un magnifique carrosse transportant un Renard, une pie voleuse ou un gros oiseau de proie passait au milieu de cette foule de mendiants et de pauvres. 

- Et le Champ des Miracles, où est-il donc ? – questionna Pinocchio.

- C’est tout près d’ici. 

Ils traversèrent la ville, franchirent les remparts puis ils s’arrêtèrent dans un champ qui se trouvait à l’écart et ressemblait à n’importe quel autre champ. 

- Nous voici arrivés – dit le Renard à la marionnette - Penche-toi et, avec les mains, creuse un petit trou dans lequel tu mettras tes pièces d’or.

Pinocchio obéit. Il fit le trou, y déposa les quatre sequins qui lui restaient et les recouvrit avec un peu de terre.

- Maintenant – continua le Renard – va à l’étang qui est près d’ici, remplis un seau d’eau et arrose l‘endroit où tu as semé. 

Pinocchio se rendit à l’étang. Comme il n’avait pas de seau, il enleva une de ses chaussures qu’il remplit d’eau et en arrosa la terre. Puis il demanda :

- Il y a autre chose à faire ?

- Rien d’autre – assura le Renard - On peut partir. Mais toi, en revenant dans une vingtaine de minutes, tu trouveras un jeune arbre qui aura déjà poussé et dont les branches seront chargées de pièces d’or.

La pauvre marionnette, folle de joie, remercia mille fois le Renard et le Chat et promit de leur faire un superbe cadeau. 

- Ah non ! Pas de cadeau ! – répliquèrent les deux malandrins - De t’avoir enseigné la manière de t’enrichir sans te fatiguer nous suffit. Nous sommes heureux comme des rois. 

Ils saluèrent Pinocchio, lui souhaitèrent une bonne récolte et s’en allèrent de leur côté. 

Suite

Les aventures de Pinocchio 1ère partie (chapitres 1 à 6)

Les aventures de Pinocchio 2ème partie (chapitres 7 à 12)

Les aventures de Pinocchio 3ème partie (chapitres 13 à 18)

Les aventures de Pinocchio 4ème partie (chapitres 19 à 24)

Les aventures de Pinocchio 5ème partie (chapitres 25 à 30)

Les aventures de Pinocchio 6ème partie (chapitres 31 à 36)

Biographie de Carlo Collodi

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